LIGUE DES CHAMPIONS – L’Europe est une histoire d’ADN. Entre Chelsea et Manchester City, le favori se trouve bien au nord de l’Angleterre et il est entraîné par Pep Guardiola. L’européen convaincu en revanche, c’est Chelsea. Qu’il soit de Roberto Di Matteo, Rafael Bénitez ou pourquoi pas Thomas Tuchel, le club londonien cultive un passé européen qui pourrait bien compter.

Chaque fois qu’on a demandé à Sir Alex Ferguson si, considérant les vingt-sept années qu’il passa à la tête de Manchester United, il concevait quelque regret que ce fût, sa réponse fut la même: son équipe, ou plutôt ses équipes, n’avaient pas su traduire en Europe la domination qu’elles exerçaient sur le football anglais comme il était persuadé que ç’aurait dû être le cas. Et chaque fois qu’on lui demanda pourquoi, il revint toujours à la même explication.

L’Europe, dit-il, est quelque chose qu’on apprend. Même en mettant de côté le facteur chance inhérent à toutes les compétitions à élimination directe, le succès dans ses tournois repose aussi sur cet intangible qu’est le « vécu » européen. On gagne parce qu’on a déjà gagné. Ce vécu, un Real Madrid, un Liverpool, un Milan le possédaient, tandis que son Manchester United, qui avait un titre de champion d’Europe de moins à son palmarès que Nottingham Forest (et déjà vieux de treize ans) lorsqu’il en prit la direction, se devait de le constituer à partir de presque rien.

L’exmple de Manchester United

Même le miracle de Barcelone de 1999 ne changea pas complètement la donne. Tout comme le United de Giggs et Cantona semblait condamné à se heurter à un plafond de verre chaque fois qu’on l’imaginait monter plus haut (se souvenir de la demi-finale contre le Borussia Dortmund en 1996-97, par exemple), ses incarnations suivantes butèrent elles aussi sur cet obstacle invisible plus souvent qu’à leur tour, et il fallut attendre 2007-08 pour qu’un second sacre suive le premier. Un « vécu » peut aussi être celui de l’échec.

De même que la victoire engendre la victoire, une défaite, surtout si elle ne respecte pas la logique apparente du jeu et des forces en présence, a une facheuse tendance à faire des petits, elle aussi. Ferguson en était convaincu. Deux Ligues des Champions, pour lui, ne reflétaient en rien le statut réel de son club dans la hiérarchie européenne au cours des deux décennies qui suivirent le titre de champion d’Angleterre enfin remporté en 1992-93.

Or le Manchester City de Guardiola, trois fois champion en quatre saisons, se trouve aujourd’hui dans une situation qui rappelle fortement celle du premier United de Ferguson. Il domine la Premier League (et semble appelé à la dominer) comme MU le faisait alors. Et comme le MU de 1993-98, le City de 2016-20 est, chaque fois, tombé face à supposément plus faible que lui en Europe. Pour MU, les bourreaux se nommèrent Galatasaray, IFK Göteborg, Rotor Volgograd (en Coupe de l’UEFA), Dortmund (excellente équipe, mais aussi grand outsider avant leur demi-finale de C1) et l’AS Monaco, qui fit subir le même sort aux Citizens, également victimes de Tottenham, Liverpool (dans une saison où les Reds ne finirent dans le Top 4 qu’in extremis, vingt-cinq points à la traîne du champion) et Lyon depuis l’arrivée de Guardiola en Angleterre.

« It’s a fucking disgrace »

Le « vécu » de City en Ligue des Champions, au moins jusqu’à cette saison, n’engendre pas vraiment la confiance avant la finale de ce samedi, d’autant plus que s’il fallait trouver un corps-source dans lequel prélever des fragments de l’ADN européen qui fait faute aux Citizens, on pourrait plus mal choisir que celui de Chelsea. Est-ce parce que José Mourinho y était arrivé dans la foulée immédiate de ses succès en C1 et C3 avec Porto ? On n’eut en tout cas jamais l’impression que ce Chelsea-là était condamné à revivre éternellement ces demi-finales perdues d’un souffle (trois en quatre ans, pourtant). C’est parce qu’il n’avait jamais donné le sentiment que c’était la peur, le trac, le vertige de l’inconnu qui lui avaient fait perdre pied, même lorsque John Terry et Nicolas Anelka échouèrent dans la séance de tirs au but de Moscou. Manchester City, c’est tout autre chose.






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