Émise pour accompagner le football sur un continent en butte à plusieurs données contradictoires, la Super Ligue amène à se poser bien des questions. Une analyse d’Abdoulaye Sall (Le Point)

L’élection par acclamations du milliardaire sud-africain Patrice Motsepe, alors président des Mamelodi Sundowns, a suscité espoirs et questionnements, non seulement du fait de son profil inédit pour la gestion du football africain, mais aussi en raison de la manière avec laquelle il a pu accéder à la plus haute instance continentale du football : la Confédération africaine de football (CAF).

Il est vrai qu’en étant le seul candidat représentant l’Afrique australe, être confronté à trois candidats tous originaires de pays d’Afrique de l’Ouest (l’Ivoirien Jacques Anouma, le Sénégalais Augustin Senghor et le Mauritanien Ahmed Yahya) était un avantage. Ces derniers ne pouvant trouver un point de convergence pour mutualiser leurs forces autour d’une candidature unique l’ont placé sur orbite. Sur ce plan, sa victoire a semblé plus que logique.

Interrogations sur l’ingérence d’Infantino

Toutefois, la participation active du président de la Fifa  Gianni Infantino, très présent en Afrique, qui a vivement encouragé les différents candidats à faire bloc autour du nouveau président Motsepe, successeur de Ahmad Ahmad, via le « protocole de Rabat », a entraîné de vives interrogations de la part des amateurs de football africain. Ceux-ci y ont vu une forme d’ingérence de la part du président de la Fifa dont on pense qu’il souhaite bénéficier des voix de l’ensemble des pays membres de la CAF en vue des prochaines élections de la Fifa.

La Super Ligue africaine en questions

À la suite de l’annonce d’une réflexion autour d’une Super Ligue africaine encouragée par la main invisible d’Infantino, ce sentiment est conforté par beaucoup, alors que le projet de Super League européenne a momentanément été avorté, ce même projet que la Fifa n’a pas ouvertement soutenu en Europe, même si une enquête de Levif.be affirme un soutien officieux.

Barbara Gonzalez, CEO du club tanzanien de Simba SC, a annoncé lors de l’assemblée générale de la CAF de mars dernier (à Rabat) que « le déploiement de la Super Ligue africaine avec 20 clubs membres permanents est en cours » et que les membres du club de Simba sont impatients de participer à la première édition de la Super Ligue de la CAF.

Ligue fermée mais inclusive, les deux sont-ils possibles ?

L’idée d’une Super Ligue africaine a été émise par Gianni Infantino lors d’un voyage à Lubumbashi pour la célébration des 80 ans du TP Mazembe en novembre 2019 dans le but de « porter le football africain au sommet du monde », en réunissant les 20 meilleurs clubs du continent dans une compétition fermée pour générer au moins 200 millions de revenus, ce qui la placerait dans le top 10 mondial des meilleurs championnats.

Une telle compétition permettrait d’accroître la visibilité des clubs avec une compétition garantissant spectacle et affluences entre clubs disposant d’infrastructures de haut niveau, et donnant aux meilleurs joueurs du continent des moyens de faire carrière sur le continent.

Théoriquement, cela peut sonner comme une bonne idée, seulement, on pourrait s’interroger sur le niveau d’inclusivité d’une telle initiative. Le ballon rond africain est suffisamment dominé par le football des pays du Maghreb et d’ Afrique du sud. Il semble garanti que les clubs majeurs de ces pays vont composer les équipes fondatrices d’une éventuelle Super Ligue africaine.

S’il est vrai que la Super Ligue serait une juste récompense pour les pays ayant valorisé leur football local, cette initiative ne servirait-elle pas à accentuer l’écart entre les clubs majeurs et le reste du football africain ? Quelles seraient les perspectives pour le reste du continent face à une telle nouveauté ? Quels sont les moyens de la rendre inclusive ?

Est-il pertinent de se baser sur le contexte européen ?

Il est vrai qu’il est difficile de comparer les contextes européen et africain. Le projet de Super League européenne, qui est une véritable consécration de l’élite du football du Vieux Continent, a vu un engouement massif des fans de football se positionner contre. D’une certaine façon, l’industrie du football a atteint une forme de plénitude sur un plan économique et infrastructurel, rendant ce projet imaginable et soutenable, en dépit d’un manque d’équité sportive vis-à-vis des clubs émergents au plus haut niveau continental.

En Afrique, le football local est loin de générer le même engouement en fonction des pays, et les retards d’ordre économique et structurel sont tels qu’il est difficile d’imaginer comment une telle décision pourrait répondre à ces problématiques. « Nous avons suivi la tentative de certains grands clubs européens de mettre en place une telle compétition et tâcherons de tirer les enseignements de leur échec », a indiqué Patrice Motsepe. Mais le modèle européen constitue-t-il un bon axe sur lequel prendre exemple ?

Quid du renforcement des compétitions interclubs existantes ?

L’Afrique a ses spécificités et, avec 54 nations, il est déjà suffisamment complexe de toucher un maximum de pays avec les formules actuelles des Ligue des champions et Coupe des confédérations. Il faut rappeler que la phase finale pour ces compétitions concerne uniquement 16 équipes regroupées en 4 groupes de 4, pour une compétition censée représenter 54 pays. Si on y ajoute les difficultés de logistique et de transport intracontinental (certaines liaisons aériennes contraignent les clubs à des escales en dehors du continent pour rejoindre certains pays africains), l’enjeu autour de l’arrivée de Motsepe est de consolider les acquis autour de ces compétitions en vue d’élargir la phase finale à plus de participants (représentant plus de pays) et d’ébaucher des contrats plus lucratifs.

À ce titre, la Ligue des champions rapporte 2,17 millions d’euros au vainqueur, 1,08 million d’euros au finaliste, 695 000 euros aux demi-finalistes, 564 000 euros pour les quarts de finalistes et 477 000 euros pour les clubs éliminés en phases de poules. Des revenus pourtant revus à la hausse en 2017, mais ne permettant toujours pas aux clubs de couvrir l’ensemble des charges liées à une campagne continentale.

 

 






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