À Yaoundé, Limbe, Douala et Bafoussam, les stades construits pour abriter la 33ème édition de la Can affichent un bilan en nombre de spectateurs alarmant, après la première journée. Le Covid-19 n’est pas seul en cause, il a aussi surtout manqué une politique incitative pour attirer davantage le public vers les stades. Et cela n’augure rien de bon pour l’après-Can.

Combien de personnes dans les villes peuvent se payer un billet de stade à 3000 francs Cfa, là ou habituellement on dépasse rarement 1.000 FCfa pour les rencontres de ce niveau ? Il faut se demander si les fonctionnaires qui ont pris cette décision se sont posé cette question. Pourtant, il semble évident qu’un tel montant est élevé pour les vrais passionnés du football, qui sont pour la plupart issus des milieux défavorables.

Les conditions du quasi-succès de Championnat d’Afrique des Nations (Chan-2020) et de la Can-féminine (2018) ont-elles été analysées ? Manifestement non. On se souvent que non seulement l’accès était quasi gratuit, mais il y avait également quelques mesures d’accompagnement. Comment comprendre que le stade de Garoua attiré plus de monde pour Nigeria-Egypte ?

Est-ce seulement en raison de la qualité de l’affiche qui mettait face à face deux des principaux prétendants au sacre suprême ? Il y a probablement lieu de faire le bilan de cette première journée, tirer les leçons des succès passés et réajuster le tir avant que ce qui était présente comme un succès populaire ne se transforme en fiasco populaire.

Des stades enclavés

Pour comprendre l’origine de la désertion des stades, il faut se rendre à Kouekong (Bafoussam) et remonter en 2014, le Cameroun est désigné pays organisateur de la Can de 2019, à 16 équipes. Mais en 2016, la Caf décide que la grande fête du football africain se jouera désormais entre 24 nations. Une exigence du cahier des charges de la Can qui pousse le gouvernement camerounais à construire de nouveaux stades, plus grands.

À Bafoussam, où le choix le plus judicieux aurait été d’achever le stade de Tocket, plus proche du centre-ville, l’Etat a choisi de construire un nouveau stade (9 milliards de F cfa) au lieu-dit Kouekong est installé, à 16 km du centre-ville de Bafoussam, à la frontière avec le département du Noun. Il a ouvert ses portes en 2017.

Résultat aujourd’hui : le stade est quasi vide. Moins de 2000 spectateurs ont assisté à la rencontre Sénégal –Zimbabwe, sur les 20 000 places. Pour tenter de limiter les dégâts, le maire de la ville vient d’annoncer la mise en place de transport gratuit pour rallier le stade ; on verra si cela permettra une meilleure mobilisation.

Il y a d’autres stades dans le même cas, comme le majestueux stade de Douala-Japoma, inauguré en 2019, un joyau architectural de 50 000 places. Un peu comme à Bafoussam, au lieu de rénover le stade de Réunification en plein de cœur de la ville, l’Etat du Cameroun a fait le choix de s’endetter à hauteur de 150 milliards de F cfa pour ce nouvel équipement situé à l’extrême Est de la ville, à la limite du département de la Sanaga-Maritime.

Mais surtout il n’y a ni transport en commun moderne ni de véritable voie d’accès, la principale route qui y mène étant en chantier depuis des lustres. Il a sonné très creux lors du match Algérie-Sierra Leone.

Le cas le plus emblématique est sans aucun doute le Complexe sportif inachevé d’Olembe. Ici aussi, au lieu de moderniser Ahmadou Ahidjo qui est au cœur de la ville, l’on a fait le choix de construire ce qui est certes l’un des plus beaux d’Afrique, mais aussi l’un des plus chers, puisqu’il aura coûté plus de 200 milliards de francs Cfa. En dehors des matches du Cameroun, on se croirait sur un terrain d’entrainement.

Stade de Limbe

Choix politiques

D’un autre côté, l’Etat a, pour des raisons manifestement politiques (même si aujourd’hui on peut mettre en avant l’argument sécuritaire – il n’était pas valable au moment de la décision), choisit de construire un stade dans la ville de Limbe, une cité d’à peine 100.000 âmes, où malheureusement il n’y a pas de club d’élite.

Or, il aurait probablement été plus utile d’avoir une telle enceinte plutôt à Bamenda, le chef-lieu de la région du Nord-Ouest avec 500.000 habitants, qui possède deux clubs d’Elite One (PWD et Yong Sport Academy).

Au-delà de ces premiers résultats mitigés de la Can en termes d’occupation des stades, le Gouvernement doit se poser la question plus globale de l’avenir de ces stades. L’erreur de départ dans ces projets de stade a été de mal copier le modèle européen, où l’industrie des loisirs est autrement plus développée, notamment parce que les problèmes basiques (logement, eau, électricité, éducation etc.) ont été largement résolus.

Un futur obscur

Le niveau de standing de ces stades interroge également. Pourquoi, par exemple, avoir choisi de construire tous ces stades olympiques dans un pays qui n’accueille quasiment jamais de meeting d’athlétisme ? Les pistes de Yaoundé (Stade Ahmadou Ahidjo) et Douala (Stade de la Réunification) rénovées n’auraient-elles pas été suffisantes, dans un premier temps tout au moins ?

Mais il y a surtout les charges futures d’entretien de ces installations. Un spécialiste en infrastructures confie que pour de tels équipements, le budget annuel d’entretien courant (en dehors des parties à renouveler dans dix à quinze années) représente normalement entre et 2% et 3% du montant de l’investissement. Où va-t-on donc trouver les quelques 5 milliards de FCFA nécessaires chaque année pour entretenir Olembe et Japoma ?

Sur le budget de l’Etat ? A oublier ? Sur des droits d’entrée et les publicités ? Totalement incertain, puisque les rencontres internationales pouvant attirer un grand public, il y en aura difficilement plus de cinq par an. Il est donc a craindre qu’ils ne se retrouvent totalement à l’abandon, dans la broussaille, a l’instar du complexe de Kintele dans la banlieue de Brazzaville au Congo, dont les autorités se vantaient tant à l’inauguration.

Sans oublier que, pendant ce temps, il faudrait rembourser le très lourd endettement pour la construction de ces infrastructures sportives qui non seulement n’apporteront pas grand-chose en termes de recettes mais surtout constituent des charges pour les finances publiques.

 

 






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