Le 15 janvier dernier, un coup de tonnerre a déchiré le ciel du football à Yaoundé. Alors que le Cameroun entrait dans une compétition d’envergure, le Championnat d’Afrique des nations (CHAN) réservé aux joueurs locaux, le Tribunal arbitral du sport (TAS) rendait publique sa décision sur une affaire portée à son attention par un certain Abdouraman Hamadou. Une figure qui, depuis au moins 15 ans, traverse le landerneau footballistique local de sa silhouette qui fait dire à certains observateurs qu’il est le justicier par qui passera le salut du football au pays de Roger Milla.  

Adulé par certains, redouté par d’autres, le président de l’Etoile filante de Garoua, au nom de l’Association des clubs amateurs, avait en effet saisi le TAS à l’effet d’invalider l’élection de l’actuel comité exécutif de la Fédération camerounaise de football (Fécafoot). Une élection qui avait pourtant sanctionné un processus mis en place avec les bons soins de la… Fifa, elle qui avait au préalable mis sur pied un nouveau comité de normalisation pour remettre de l’ordre dans une maison en proie à des problèmes divers.

Cette sentence favorable à Abdouraman  Hamadou et les siens ajoutait ainsi une nouvelle marche – cruciale ? – dans un parcours de revendications positives qui fait tourner la tête à plus d’un au Cameroun, voire au-delà. A tel point que beaucoup se demandent, une nouvelle fois, qui est cet homme au verbe haut qui sait très exactement où il va.

Accusé, quand il était chef de département de la Communication de la Fécafoot, par certains de ses détracteurs, de n’avoir pas de diplôme requis pour assumer une telle fonction, Abdouraman Hamadou  était pourtant, au début des années 2000, sur tous les fronts pour défendre, avec une certaine habileté, l’image de l’instance faitière du football camerounais dirigé alors par Iya Mohammed, par ailleurs DG  de l’entreprise d’Etat Sodecoton.

En occupant l’espace médiatique et en portant surtout les batailles contre la Fécafoot, il est devenu l’une des figures les plus marquantes du football camerounais de ces dernières années. Le 27 août 2017, en obtempérant à une sentence du TAS, la Fifa a décidé de nommer un Comité de normalisation pour gérer la Fécafoot. Une conséquence des recours en justice effectués par l’audacieux Abdouraman Hamadou et ses compagnons. Eux qui avaient contesté la légalité du scrutin ayant abouti à l’élection de Tombi à Roko.

Une fois que Seidou Mbombo Njoya et son Comité exécutif ont pris les commandes à Tsinga, en décembre 2018, Abdouraman Hamadou  et sa bande ont de nouveau contesté le scrutin, en saisissant de nouveau le TAS. Après plusieurs renvois, la plus haute juridiction sportive du monde a, le 15 janvier dernier, annulé tout le processus électoral qui a conduit Seidou Mbombo Njoya à la présidence de la Fécafoot.

 Statuts inattaquables

Après avoir fait échouer les théoriciens du droit, (les très distingués Joseph Owona, James Moungue Kobila, Adolphe Minkoa She, Ephraïm Gwafor) et autres Ebenezer Mouloké, ce fut autour des praticiens du droit (les avocats Dieudonné Happi et Marcelle Denise Ambomo) de montrer leurs limites dans la rédaction des statuts de la Fécafoot, comme l’a démontré la sentence du TAS sus-évoquée.

Le lendemain de la déchéance du clan Seidou Mbombo Njoya, et contre toute attente, la Fifa a décidé de maintenir les organes exécutifs déchus en place. Pour Abdouraman, il s’agit simplement de «Contrôler le football camerounais à travers un certain nombre de personnes qui ne veulent pas qu’il y ait un vrai processus électoral.» lui qui au passage brandit une nouvelle menace : «(…) Ce que la FIFA tente de faire au Cameroun ne passera pas !».  

Avec sa grande taille, la tête toujours rasée, et sa joie de vivre, il ne passe pas inaperçu. Issu d’une famille modeste, il va, en bon musulman, offrir à ses parents, assez tôt, un voyage de pélérinage à la Mecque. Un bienfait qui reste aux yeux de ses amis d’enfance comme un authentique exploit. Son parcours atypique et sa témérité l’ont rendu insaisissable. Son passé de Directeur adjoint  à l’Alliance Franco-camerounaise de Garoua à dévorer les livres a fait de lui un homme cultivé.

Alors qu’il est élève en classe de Terminale au Lycée de Garoua en 1992, une mésentente avec ses camarades, due à la gestion des fonds de la coopérative scolaire, va le pousser à très vite se lancer dans les affaires. A 20 ans, il possède déja deux comptes bancaires. C’est sur le chemin de retour d’un voyage d’affaire au Brésil qu’il va rencontrer Iya Mohammed pour la première fois pendant la Can 2000 au Nigeria. Il va sympathiser avec le président de la Fécafoot au point de lui proposer ses services.

 Une confiance aveugle

Tous deux natifs de Garoua, Iya Mohammed et Abdouraman Hamadou, ne vont plus se quitter jusqu’à la brouille survenue en 2011. Le courant est très vite passé entre les deux hommes. Une amitié qui s’est renforcée, en partie, parce qu’Abdouraman Hamadou pilotait avec une certaines aisance un projet de la Fifa qui visait à développer le football sur le continent.

Entre temps, le vice-président de la Fecafoot Iya Mohammed qui assumait les fonctions de président transitoire de la Fecafoot depuis juin 1998, après l’éviction de Vincent Onana, a pris véritablement les reines de l’instance faitière du football camerounais. Il a besoin des hommes de confiance pour mener sa politique et choisit Abdouraman Hamadou comme chef de département de la Communication de la Fecafoot.

Il lui voue une confiance aveugle. Abdouraman Hamadou a ainsi la signature du président de la Fécafoot. Il apparaît très vite comme le véritable vice-président de la Fecafoot. Il fait des envieux. Son ascension fulgurante va déplaire à certains membres du Comité exécutif de la Fecafoot. En 2005, la nomination de Patrick Precheur au poste de directeur général de la Fecafoot va atténuer un peu son influence. A la démission de celui-ci en avril 2006, il sera remplacé quatre mois plus tard par Jean Lambert Nang, qui va s’avérer omnipotent.  Avant de faire long feu.

 Le courant passe mal

Le 30 juillet 2009,  le poste de secrétaire général est réhabilité. Tombi A Roko Sidiki en devient l’occupant. Dans la nouvelle réorganisation de l’administration de la Fécafoot, Abdouraman Hamadou est nommé directeur de cabinet du président de la Fecafoot. Dans l’espace, il a contribué au recrutement du brillant journaliste Junior Binyam, alors rédacteur en chef du quotidien Mutations au poste de chef de département de la Communication. Cependant,  entre Tombi à Roko et Abdouraman Hamadou, le courant passe mal. Ils sont en désaccord sur tout.

En 2010, sans avoir informé son patron Iya Mohammed, il est sur le point d’être recruté comme chef de bureau Fifa Afrique centrale qu’occupait Jean Manga Onguene, en partance à la retraite. Lors d’un de ses passages au siège de la Fifa à Zurich, Iya Mohammed va être informé de cette situtation. Il marquera sa surprise, sans toutefois s’opposer à son recrutement. Issa Hayatou, alors président de la CAF et par ailleurs premier vice-président de la FIFA, va également être sondé. Le prince de Garoua,  estime que ce dernier quoique compétent manque de «loyauté».

 Cambriolé dans son fief

N’ayant pas pu obtenir le soutien d’Iya Mohammed et d’Issa Hayatou, le poste de chef du bureau Fifa Afrique centrale va revenir plus tard, en 2014, à un certain…Seidou Mbombo Njoya. Il va très mal prendre cet échec. C’est désormais la rupture totale entre Abdouraman et son mentor d’hier. Déjà le 23 juin 2011, celui qui vient d’être mis à la disposition du secrétariat général de la Fécafoot démissionne pour se consacrer à ses affaires personnelles.

Partenaire d’une société espagnole, spécialisée dans la vente des produits sanitaires et de plomberie, il sera plusieurs fois cambriolé dans son fief du quartier Mfandena à Yaoundé. Il voit à travers ces actes criminels la main de ses adversaires. Pour rester un acteur influent du football camerounais, il prend la présidence de l’Etoile filante de Garoua, un club de Ligue régionale de football de la région du Nord.

Après avoir refusé plusieurs postes à la Fécafoot, il accepte celui proposé par le général Pierre Semengue, ci-devant président de la Ligue professionnelle de football, qui fait de lui le président de la Commission Ad Hoc chargée de l’organisation et du suivi des championnats de Ligue 1 et Ligue 2. Un recrutement de taille qui permet à Abdouraman  de continuer à satisfaire son égo et à jouer les justiciers à travers ses éternelles batailles pour un football camerounais juste et prospère. Alors, repartira-t-il au TAS ? Il n’est pas interdit de le penser !






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